Former les jeunes pour assurer la relève du bâtiment
Le secteur du bâtiment fait face à un enjeu majeur : renouveler ses compétences et préparer la relève.
Maçons, électriciens, plombiers, couvreurs, charpentiers, peintres, conducteurs d’engins, menuisiers, techniciens de maintenance… de nombreux métiers reposent sur des savoir-faire qui ne peuvent pas s'acquérir uniquement dans une salle de classe. Ils se transmettent aussi sur le terrain, au contact de professionnels expérimentés.
Dans ce contexte, l'apprentissage constitue un formidable outil pour les entreprises du bâtiment. Il permet de former progressivement un jeune aux réalités du métier, aux méthodes de l'entreprise et à sa culture, tout en préparant potentiellement un futur salarié qualifié.
Mais accueillir un apprenti ne s'improvise pas. Pour que l'expérience soit réussie, l'entreprise doit anticiper l'accueil, l'encadrement, l'organisation du travail, le coût, les obligations réglementaires et le temps consacré à la formation.
Accueillir un apprenti : une véritable démarche d'intégration
La première condition de réussite est probablement la plus simple : considérer l'apprenti comme un salarié en formation et non comme une simple paire de bras supplémentaire.
L'entreprise doit prévoir un véritable parcours d'intégration.
Cela commence avant même son arrivée :
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préparer son poste de travail
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prévoir ses équipements de protection individuelle
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présenter les règles de sécurité
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expliquer l'organisation de l'entreprise
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identifier la personne qui l'accompagnera au quotidien
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prendre contact avec le CFA
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définir progressivement les compétences que l'apprenti doit acquérir.
Le rôle du maître d'apprentissage est essentiel. Il constitue le lien entre l'entreprise et le centre de formation et accompagne le jeune dans l'acquisition des compétences professionnelles.
Dans une entreprise artisanale, ce rôle est souvent assuré directement par le chef d'entreprise. Dans une PME, il peut être confié à un chef d'équipe, un compagnon expérimenté ou un responsable de chantier.
L'enjeu est de ne pas laisser le jeune « apprendre sur le tas » sans accompagnement. Un apprenti doit pouvoir poser des questions, comprendre pourquoi une opération est réalisée d'une certaine manière et recevoir des corrections lorsqu'il commet une erreur.
La sécurité : une priorité absolue dans le BTP
Cette question est particulièrement importante dans le bâtiment.
Un jeune qui arrive sur un chantier ne connaît pas nécessairement les risques liés aux machines, aux outils, aux travaux en hauteur, à l'électricité, à la manutention, à la circulation des engins ou à la coactivité entre différents corps de métier.
La formation à la sécurité doit donc être progressive et adaptée à son âge, à son niveau de compétence et aux travaux qui lui sont confiés.
Un apprenti ne doit jamais être considéré comme autonome simplement parce qu'il sait réaliser une tâche.
L'entreprise doit déterminer ce qu'il peut faire seul, ce qui nécessite un contrôle et ce qui doit impérativement être réalisé sous surveillance.
Cette vigilance est d'autant plus importante lorsque l'apprenti est mineur : certaines règles concernant la durée du travail, le travail de nuit, le dimanche, les travaux dangereux et les horaires sont spécifiques aux jeunes travailleurs. Des dispositions particulières existent notamment pour les secteurs du bâtiment et des travaux publics.
Combien coûte réellement un apprenti ?
La question financière est évidemment déterminante pour une TPE ou une PME.
L'apprenti est un salarié. L'entreprise doit donc intégrer dans son budget :
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son salaire
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les éventuelles cotisations et contributions restant à la charge de l'entreprise
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les équipements et vêtements de travail
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les frais liés à son intégration
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le temps consacré à son accompagnement
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et, selon la formation préparée, les éventuels coûts de formation restant à la charge de l'entreprise.
Le salaire minimum de l'apprenti dépend notamment de son âge, de son année de formation et de la convention collective applicable. Dans le bâtiment, il faut donc raisonner avec la convention collective concernée et vérifier les minima applicables à la situation précise de l'apprenti.
Il est également important de ne pas raisonner uniquement en « coût salarial ».
Pendant les premiers mois, l'apprenti est en phase d'apprentissage. Il peut donc être moins productif qu'un salarié confirmé et nécessiter davantage de temps d'explication et de supervision.
Mais cette comparaison doit être mise en perspective avec la valeur créée à moyen terme : l'entreprise forme une personne selon ses méthodes et peut, à terme, disposer d'un professionnel qu'elle connaît et qu'elle a contribué à faire progresser.
Quelles aides pour l'entreprise en 2026 ?
Le dispositif d'aide à l'embauche a évolué en 2026.
Pour les contrats conclus à partir du 8 mars 2026 et débutant avant le 1er janvier 2027, l'aide varie selon la taille de l'entreprise et le niveau de qualification préparé.
Pour les entreprises de moins de 250 salariés, l'aide peut atteindre :
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5 000 € pour un diplôme de niveau 3 ou 4
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4 500 € pour un diplôme de niveau 5
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2 000 € pour un diplôme de niveau 6 ou 7.
Pour les entreprises de 250 salariés et plus, les montants sont respectivement de 2 000 €, 1 500 € et 750 € selon le niveau de qualification.
Pour un apprenti reconnu travailleur handicapé, l'aide peut atteindre 6 000 €.
Ces montants concernent la première année du contrat et sont soumis aux conditions prévues par le dispositif.
À cela peuvent s'ajouter, selon les situations, d'autres dispositifs liés à la formation, au handicap, à la mobilité ou aux équipements. L'entreprise a donc intérêt à se rapprocher de son OPCO, du CFA et des organismes professionnels du secteur avant de signer le contrat afin d'identifier l'ensemble des financements mobilisables.
Autre point à anticiper : depuis le 1er juillet 2025, une participation forfaitaire de 750 € peut être due par l'employeur pour certains contrats préparant à un diplôme ou titre de niveau 6 ou 7.
Le temps passé au CFA est du temps de travail
C'est une donnée parfois mal comprise par les entreprises.
Lorsque l'apprenti est au CFA, il n'est pas en congé : le temps passé en formation est du temps de travail effectif.
Pour un apprenti majeur, la durée légale de travail est de 35 heures par semaine, formation au CFA comprise. Les heures supplémentaires sont possibles dans les conditions applicables aux salariés.
Cela signifie concrètement qu'une entreprise doit intégrer les périodes de formation dans son planning.
Si l'apprenti est par exemple absent de l'entreprise plusieurs jours pour suivre sa formation, ce temps doit être anticipé dans l'organisation des chantiers.
C'est parfois une contrainte pour une petite entreprise qui fonctionne avec des équipes réduites. Mais c'est aussi la contrepartie indispensable du principe même de l'alternance : l'entreprise forme pendant que le CFA apporte les connaissances théoriques et techniques nécessaires à la qualification.
Les contraintes horaires sont-elles compatibles avec le bâtiment ?
Le secteur du bâtiment possède des organisations du travail particulières : démarrage matinal des chantiers, déplacements, contraintes météorologiques, horaires variables selon les chantiers ou encore travail en équipe.
L'entreprise doit donc vérifier dès le recrutement que l'organisation proposée est compatible avec le statut et l'âge de l'apprenti.
Pour les mineurs, les règles sont plus protectrices. Le principe est notamment celui d'une durée de travail de 35 heures, avec des restrictions concernant le travail de nuit, le dimanche et les jours fériés. Le secteur du bâtiment bénéficie cependant de certaines dérogations : lorsque l'organisation collective du travail le justifie, un jeune apprenti peut notamment être amené à travailler jusqu'à 40 heures par semaine et 10 heures par jour dans les conditions prévues par la réglementation.
Il est donc préférable de vérifier les horaires avant l'embauche, plutôt que de découvrir après la signature du contrat qu'une organisation habituelle du chantier n'est pas compatible avec la réglementation applicable au jeune.
Quels sont les risques pour l'entreprise ?
Le principal risque n'est pas nécessairement financier.
C'est souvent l'échec de l'intégration.
Un apprenti mal accompagné peut rapidement perdre sa motivation, accumuler les erreurs ou se retrouver en difficulté avec son équipe. Une rupture du contrat peut alors intervenir et représenter une perte de temps et d'argent pour l'entreprise.
Il existe également des risques liés :
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au non-respect des règles de sécurité
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à l'affectation du jeune à des tâches qu'il ne maîtrise pas
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au non-respect des règles spécifiques aux mineurs
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à une mauvaise gestion des horaires
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à un défaut de suivi avec le CFA
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à une rémunération ou à des conditions de travail non conformes
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à une mauvaise anticipation des périodes de formation.
Ces risques ne doivent cependant pas conduire à renoncer à l'apprentissage. Ils montrent surtout qu'il faut professionnaliser l'accueil et le suivi du jeune.
Une erreur fréquente consiste à recruter un apprenti en pensant qu'il deviendra immédiatement productif. La bonne approche est différente : les premiers mois représentent un investissement en temps et en transmission.
Quelle ressource humaine faut-il mobiliser ?
La question est particulièrement importante dans le bâtiment.
Un apprenti a besoin d'un référent clairement identifié.
Dans une très petite entreprise, ce sera souvent le chef d'entreprise ou le dirigeant lui-même. Cela peut être un avantage : le jeune bénéficie d'une transmission directe et découvre rapidement toutes les facettes de l'entreprise.
Mais cela représente aussi une contrainte forte : chaque heure consacrée à la formation de l'apprenti est une heure que le dirigeant ne consacre pas à la production, aux devis, aux clients ou à la gestion.
Dans une PME, la situation est souvent différente. Le chef d'entreprise peut déléguer l'accompagnement à un chef d'équipe ou à un salarié expérimenté.
Cela permet de mieux répartir la charge, à condition de donner réellement du temps au maître d'apprentissage.
Dans une entreprise plus importante, l'accompagnement peut être structuré avec plusieurs niveaux :
RH → responsable de proximité → maître d'apprentissage → équipe de chantier → CFA.
Cette organisation permet de suivre plusieurs apprentis et de construire une véritable politique de transmission des compétences.
TPE, PME ou grande entreprise : chacun son modèle
La TPE : transmettre directement le métier
Dans une entreprise de 2 à 10 salariés, l'apprentissage est souvent très personnalisé.
Le jeune travaille au quotidien avec le dirigeant ou avec un compagnon expérimenté. Il découvre non seulement le métier, mais également la relation client, la préparation du chantier, les approvisionnements, les devis et parfois même la gestion de l'entreprise.
Avantage : une transmission très directe.
Difficulté : la disponibilité du chef d'entreprise.
Pour une TPE, le bon apprenti est donc celui que l'on peut réellement accompagner. Mieux vaut accueillir un jeune et bien le former que recruter plusieurs apprentis sans avoir les moyens humains de les suivre correctement.
La PME : structurer la transmission
La PME dispose généralement de davantage de ressources.
Elle peut affecter un maître d'apprentissage, organiser un parcours d'intégration et faire découvrir plusieurs activités ou chantiers au jeune.
Elle peut également commencer à raisonner en termes de gestion prévisionnelle des compétences : quels salariés vont partir à la retraite ? Quels métiers seront difficiles à recruter dans trois ou cinq ans ? Quelles compétences devons-nous transmettre dès aujourd'hui ?
L'apprentissage devient alors un véritable outil de gestion des ressources humaines.
La grande entreprise : créer une filière de formation
Dans une entreprise de taille importante, l'enjeu est différent.
L'apprentissage peut devenir une véritable politique de recrutement et de fidélisation.
L'entreprise peut accueillir plusieurs jeunes, organiser des parcours métiers, créer des promotions d'apprentis, organiser des points de suivi réguliers avec les CFA et proposer des perspectives d'embauche à l'issue de la formation.
L'entreprise bénéficie alors d'un véritable vivier de compétences.
Le risque est cependant de rendre l'apprentissage trop administratif ou impersonnel. Même dans une grande entreprise, un jeune a besoin d'un référent, de retours réguliers et du sentiment que son travail est utile.
L'apprentissage : un investissement plutôt qu'une charge
La question à se poser n'est finalement pas seulement :
« Combien va me coûter mon apprenti ? »
Mais plutôt :
« Combien me coûtera demain l'absence de professionnels qualifiés dans mon entreprise ? »
Recruter un apprenti représente effectivement un investissement.
Il faut investir du temps, transmettre des savoir-faire, accepter une période de montée en compétence et organiser le travail différemment.
Mais l'entreprise peut en retour :
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préparer ses futurs recrutements
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transmettre ses méthodes de travail
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préserver ses savoir-faire
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fidéliser de jeunes professionnels
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répondre à ses besoins futurs en compétences
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renforcer son image auprès des jeunes
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et contribuer directement au renouvellement des métiers du bâtiment.
Pour réussir, il faut préparer l'accueil avant le recrutement
Un apprentissage réussi commence donc avant le premier jour sur le chantier.
L'entreprise devrait se poser quelques questions simples :
Qui va encadrer le jeune ?
Quelles tâches pourra-t-il réaliser au début ?
Quelles compétences devra-t-il acquérir dans six mois ?
Comment allons-nous gérer ses périodes au CFA ?
Quels équipements devons-nous prévoir ?
Comment allons-nous suivre sa progression ?
Quel poste pourrait-il occuper à l'issue de sa formation ?
Cette dernière question est essentielle.
Lorsqu'un jeune comprend qu'il ne vient pas simplement « aider sur les chantiers », mais qu'il est en train de construire un véritable métier et un avenir professionnel, son implication peut être très différente.
Préparer aujourd'hui les professionnels de demain
Le bâtiment est un secteur où l'expérience et le geste professionnel ont une valeur considérable.
Chaque départ à la retraite peut représenter la disparition d'une partie de ce savoir-faire si celui-ci n'a pas été transmis.
L'apprentissage permet précisément de créer cette passerelle entre les générations.
Pour les entreprises, il ne s'agit donc pas seulement de répondre à une problématique de recrutement à court terme. Il s'agit de préparer la relève, transmettre les savoir-faire et construire les compétences dont le secteur aura besoin demain.
TPE, PME ou grande entreprise, chacune peut trouver sa manière de faire de l'apprentissage un véritable outil de développement.
Le défi n'est finalement pas de savoir s'il faut former des apprentis.
Le véritable enjeu est de savoir comment mieux les accueillir, mieux les former et surtout leur donner envie de rester dans les métiers du bâtiment.
À retenir pour l'entreprise
Un apprenti, c'est :
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un salarié en formation, pas un salarié immédiatement autonome
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du temps de travail au CFA qui doit être intégré au planning
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un salaire et des coûts à budgéter
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des aides financières pouvant réduire le coût de la première année
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un maître d'apprentissage réellement disponible
-
une vigilance particulière en matière de sécurité
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des règles spécifiques lorsque l'apprenti est mineur
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mais surtout une opportunité de préparer les compétences et la relève de l'entreprise.
Bien préparé, l'apprentissage n'est pas seulement un dispositif d'aide à l'emploi : c'est un investissement dans l'avenir de l'entreprise et dans celui de toute la filière du bâtiment.
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